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Comme le disait si remarquablement Marcel Duchamp, « La peinture ne doit pas être exclusivement visuelle ou rétinienne. Elle doit intéresser aussi la matière grise, notre appétit de compréhension. »
Né d’une rencontre fusionnelle entre Michel Gouteux et Bénédicte Devillers deux artistes d’exception, l’univers onirique et surréaliste de Monsieur et Madame Gorgô, interroge dans la poétique de leurs œuvres cette dimension intellectuelle, en éveillant l’étrange inconnu qui sommeille en nous.

Créant en parfaite symbiose avec Michel Gouteux, qui travaille la structure de l’œuvre, c’est avec virtuosité que Bénédicte Devillers donne corps à la composition en livrant sur la toile tout un univers dans lequel sa palette sensuelle et audacieuse libère des personnages fantasques et singuliers jaillissant d’une société hybride dans laquelle l’espace et le temps n’existent plus.

Ainsi apparaissent dans la cérémonie de l’œuvre de Gorgô, des femmes aux formes voluptueuses et tentaculaires, tour à tour enfantines ou maternelles, des jeunes filles séductrices et maléfiques à la physionomie atypique et ambigüe, avec lesquelles cohabitent des créatures mi-homme-mi animal, aux malformations physiques symbolisant leur immoralité et leurs péchés.
Si la femme demeure fondamentalement présente dans la composition, on ne peut que s’attarder sur la symbolique de la naissance dans la représentation de nouveau-nés dont la posture picturale savamment exploitée par Bénédicte Devillers témoigne de l’éternel recommencement d’un monde, incarné par la présence du flamand rose à l ’esthétisme troublant.

D’une sincérité et d’une plastique picturale prodigieuses, l’œuvre de Gorgô nous raconte des histoires qui bousculent l’émotif et l’inconscient.
Visiter la Gorgonie, c’est tenter de comprendre l’absurde et l’irrationnel qui existe en chacun de nous.

Sandrine Turquier, Ecrivain - Critique d’art


Quel infini plaisir à voyager du regard parmi les peintures créées par Bénédicte DEVILLERS. Créées est bien le terme exact concernant cette artiste havraise qui se moque sans état d'âme d'un naïvisme trop appliqué pour prendre le savoureux essor d'onirisme et de surréalisme, aux charmes acidulés par une imagination débordante mais aussi bienfaisante pour la réussite incontestable et la singularité des oeuvres.

Etonnants et fascinants, tous ces personnages nus ou vêtus, parfois mi-bête mi-homme, animent, dans un decorum remarquablement bâti, de multiples et audacieuses anecdotes où, sans problème, d'un pinceau fort assuré et d'une judicieuse palette de couleurs pures, l'artiste prend le spectateur à témoin de ses drôles de fantasmes et d'obsessions jouissives, aux multiples détails pleins d'humour et d'une incontestable et revigorante impertinence.

Ainsi, gaies, rêveuses ou piquantes, les peintures de Bénédicte DEVILLERS raniment-elles l'essentiel souvent oublié de l'art : surprendre et conquérir.

André RUELLAN, critique d'art


La peinture comme une seconde vie

L’art peut parfois contribuer à redonner sens à une vie. Tributaire des circonstances qui le font alors apparaître comme une nécessité, il peut devenir une voie d’exploration (sinon d’explication) des arcanes de l’inconscient. Car, à l’exemple des icebergs, la partie invisible de l’être surpasse très largement ce que l’on peut en percevoir. Ainsi, notre vie quotidienne elle-même ressemblerait à un sommeil au cours duquel parfois surgissent certaines images troublantes car investies de mystère. Les traduire et les décrypter est une expérience fascinante.

Longtemps apparentée à l’art naïf, fenêtre qui lui a permis de se confronter à d’autres peintres et de se sentir entourée, Bénédicte Devillers plia un temps son style à une démarche qui, inconsciemment, la maintenait hors de ses limites, au point que, de son propre aveu, le réveil soudain fut brutal. La lenteur et la précision du travail qu’elle réalisait ne s’accommodait guère aux assauts de sa vie intérieure. Sentant confusément qu’elle n’avançait pas à son rythme, elle se vit peu à peu envahie par le doute.

C’est alors qu’apparut Michel, le compagnon avec lequel elle allait décider de vivre. Très vite, des connivences profondes s’établirent entre elle et lui, produisant une sorte d’état fusionnel qui suscita des œuvres dont la genèse provient de leur échange énergétique. « Cette rencontre fut pour moi un vrai choc, explique Bénédicte Devillers. Ma vie et ma peinture s’en sont immédiatement ressenties. Plus rien désormais ne paraissait nous dissocier. Nous avions été comme guidés l’un vers l’autre. Michel m’a dit qu’il était là pour m’épauler, m’aider à me réaliser. Il me sentit tout de suite capable d’entreprendre de grandes choses.»

Ressentant, dès son plus jeune âge, une attirance pour la peinture, Bénédicte, comme de nombreuses femmes, sacrifia longtemps son désir aux nécessités de la vie. Elle vécut cet empêchement comme une mortification. Une toile, décisive sans doute, rend compte de cette « absence de vie », évoquant les sept femmes de Barbe-Bleue qui paraissent surgir du sol. Elles représentent bien sûr l’expression d’une mort symbolique et ont permis au peintre de prendre conscience de son réveil. Ce fut pour elle une véritable renaissance. La singulière fascination que Bénédicte éprouve pour les figures mythologiques, les anges, les personnages goyesques ou vampiriques traduit un impérieux besoin d’aller à la rencontre de son âme. Entre instinct et quête spirituelle, elle exprime ce qui l’interpelle, la tourmente ou éveille en elle le désir, rejoignant en cela les travaux des surréalistes. «Je ne me censure jamais, dit-elle. Je rends compte des visions qui me viennent et je les intègre à ma peinture.»

Travaillant avec une énergie renouvelée, Bénédicte Devillers associe fréquemment la ville où elle vit (Le Havre) aux rêves jaillis de son imagination.

Luis PORQUET, critique d'art

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